Ah, les non-conformités ! Ces petites épines dans le pied de tout système de management qui nous rappellent que la perfection n'existe que dans les présentations PowerPoint des consultants. La question du délai de traitement - 45 ou 90 jours - revient régulièrement hanter les nuits des responsables qualité. Mais derrière cette apparente simplicité arithmétique se cache un véritable dilemme organisationnel qui mérite qu'on s'y attarde.
Commençons par le commencement : toutes les normes ISO ne précisent pas explicitement de délai pour le traitement des non-conformités. La norme ISO 19011 relative à l'audit des systèmes de management parle simplement d'un "délai convenu". Quand ce n'est pas la norme, c'est l'organisme de certification qui fixe ces fameux délais - 45 jours ou 90 jours selon les référentiels et les organisations
Évidemment, cette absence de prescription claire dans la norme permet aux organismes certificateurs de jouer les shérifs du calendrier. Rien de tel qu'une date butoir arbitraire pour créer un sentiment d'urgence et justifier des frais de suivi supplémentaires.
La vraie question n'est pas tant le nombre de jours que l'adéquation entre le délai et la complexité du problème. Une non-conformité mineure liée à un document mal renseigné peut être corrigée en quelques heures. En revanche, une non-conformité majeure nécessitant une refonte de processus, des investissements ou une formation du personnel peut légitimement requérir plusieurs mois.
Le paradoxe, c'est qu'en imposant un délai standard, on encourage les organisations à privilégier des solutions rapides plutôt que durables. "Colmatez la brèche avant l'échéance, nous réfléchirons à une vraie solution plus tard" - combien de fois avons-nous entendu cette phrase dans les couloirs ? Et puis ce "plus tard" devient "jamais", jusqu'au prochain audit où la même non-conformité réapparaît comme par magie.
Les délais ont un effet psychologique indéniable sur les équipes. Trop courts, ils génèrent stress et solutions bâclées. Trop longs, ils encouragent la procrastination - cette tendance très humaine à repousser au lendemain ce qui pourrait être fait aujourd'hui.
L'idéal serait d'adapter le délai à la nature de la non-conformité et aux ressources disponibles. Mais cela demanderait une approche personnalisée et du bon sens, deux denrées rares dans l'univers de la certification où la standardisation règne en maître. Imaginez un auditeur qui dirait : "Prenez le temps qu'il vous faut pour bien faire les choses." On croirait entendre un conte de fées !
Au final, la question "45 ou 90 jours ?" est symptomatique d'une approche de la qualité trop focalisée sur la conformité et pas assez sur l'amélioration réelle. Les délais ont leur utilité pour éviter que les problèmes ne s'éternisent, mais ils ne devraient jamais devenir une fin en soi.
La vraie mesure du succès n'est pas de fermer une non-conformité dans les temps, mais de s'assurer qu'elle ne reviendra pas frapper à votre porte au prochain audit. Et cela, malheureusement, aucun chronomètre ne peut le garantir.
Peut-être est-il temps de rappeler que la qualité est un marathon, pas un sprint. Et dans ce marathon, regarder constamment sa montre n'a jamais fait de personne un champion.